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De Gruissan aux
Corbières
Au sud de Narbonne, Gruissan enroule son village autour d'une tour
médiévale. Alentour, les ravages des stations
balnéaires ont élevé d'indescriptibles
lotissements. Il faut savoir en faire abstraction pour découvrir
les plaisirs du massif de la Clape, un site écologique
classé où se dégustent des crus
réputés et un miel au parfum de romarin convoité
depuis l'Antiquité. Des chalets s'alignent sur sa plage,
décor populaire et balnéaire qui abrita les amours
torrides du film "37°2 le matin". Dans le même registre, au
nord, les Cabanes de Fleury plairont aux nostalgiques des congés
payés. On s'y perd au ras de l'horizon dans les étangs,
en admirant les ruelles de Bages et de Peyrac au long de petites routes
posées sur les salines et les lagunes (D32, au long du canal de
la Robine, puis D105 de Bages à Peyrac).
Fêtes musicales et pèlerinages de la Saint Pierre (28 et
29 juin) animent le port, l'ermitage et la chapelle de
Notre-Dame-des-Auzils à laquelle on accède par un
impressionnant cimetière marin où les cénotaphes
s'abritent à l'ombre des cyprès. Ici, les processions aux
silhouettes chaloupantes rouges et or annoncent déjà la
très mystique Catalogne.
Une maison d'hôtes exceptionnelle donne accès à ces
plaisirs. Le château le
Bouïs, domaine viticole, est un
hameau perché sur les pentes de la Clape, caché dans 40
hectares de vignes et de pins. Les chambres et suites y sont vastes,
confortablement décorées, installées dans le
bâtiment du XIXe au-dessus d'une piscine ronde et d'une terrasse
ombragée. Les maîtres des lieux, Alexis et Albane, jouent
avec gaieté à affiner leurs cuvées et à
attirer pour des concerts pointus jazzmen et fans au Bouïs'Bar
où ils dégustent des tapas concoctés par un
Catalan. Très impliqués dans la reconquête
séculaire des AOC, ils vous raconteront en négociants
déjà chevronnés la longue guerre toujours
d'actualité pour la préservation de leurs vignobles
(château le Bouïs, 11 430 Gruissan, 04 68 75 25 25, fax 04
68 75 25 26, www.chateaulebouis.fr, suites 2 à 4 personnes
à partir de 140 €).
Ils vous recommanderont pour vos repas et vos pique-niques les
comptoirs gourmands des «
Cuisiniers cavistes »,
chaleureuse épicerie fine et table d'hôtes à
Narbonne (1 et 5 place Lamourguier, 04 68 65 04 43,
www.cuisiniers-cavistes.com) et, pour des repas animés et
arrosés, « Les Beaux
Arts », sur une ravissante
petite place du village de Bages (04 68 42 55 66).
On aborde les Corbières par le massif de Fontfroide (D615) et
son abbaye cistercienne, une des plus spectaculaires de la
région, mise en valeur avec passion par son propriétaire,
monsieur d'Andoque. Un site magique, imprégné de
dépouillement mystique. Des concerts de chants grégoriens
y résonnent dans le dortoir des moines, et, plus terre à
terre, un excellent restaurant aux saveurs fraîches se tient
à l'entrée du cloître (04 68 45 11 08, menu
à 13 €, www.fontfroide.com). Après avoir tourné
dans les petites routes qui serpentent autour de gracieux villages
comme Boutenac, Fabrezan, Fontjoncouse, Saint-Pierre-des-Champs et
surtout Lagrasse (D611, D212, D3, D613), hébergement de luxe et
de charme à la Bastide de
Gasparêts, ancienne demeure d'un
grand collectionneur dont les nouveaux propriétaires ont
entrepris de sauvegarder l'atmosphère raffinée au milieu
d'un merveilleux jardin à la française bordé d'une
piscine. L'un, décorateur, vous contera le cercle d'artistes qui
s'y unissaient et qui rassemblaient dans l'orangerie, autour de ce
mélomane, premier collectionneur de Picasso et d'Odilon Redon,
les propriétaires de l'abbaye de Fontfroide et les
représentants éclairés des grandes fortunes
viticoles. L'autre vous entraînera au fil des randonnées
qu'il accompagne... dans l'Himalaya ! (2 rue de l'Église, 04 68
48 66 43, www.corbieresweb.com/gasparets/chambresdhotes.htm, suites et
appartements avec cuisine à partir de 110 € selon saison et
durée du séjour).
Pour vos repas, ils vous recommanderont la terrasse ombragée de
la Cagarol, dans le
joli village d'Aigne (place de la Fontaine, 04 68
27 84 22) et, pour vous rafraîchir, une baignade sous le vieux
pont de Ripaud, à côté de la route de Durban.
Autre maison d'hôtes voisine, plus modeste mais néanmoins
ravissante, la Demeure de Roquelongue
est un petit bijou déco
dû à une propriétaire qui décline des
couleurs subtiles et des agencements surprenants d'agrément dans
cette maison de maître du XIXe au bas du village et de sa
coopérative viticole (53 avenue de Narbonne,
St-André-de-Roquelongue, tel/fax 04 68 45 63 57,
www.demeure-de-roquelongue.com, chambre à partir de 82 €). Elle
vous enverra vous restaurer sous la treille du Fargo de plats locaux
goûteux qui osent quelques couleurs exotiques
(St-Pierre-des-Champs, 04 68 43 12 78).
À Lagrasse qui, en son âge d'or, à l'aube du XIIe
siècle, fédérait cent églises, vingt-cinq
prieurés et dix monastères, l'abbaye domine le superbe
village. On y déguste des plats méditerranéens
entre la salle et le petit jardin des Trois
Grâces (5, rue du
Quai, 04 68 43 18 17). On monte ensuite sur les coteaux de Cascatel des
Corbières pour séjourner au grand air chez les
Contrepois, frais vignerons qui ont installé une maison
d'hôtes aux charmes rustiques et deux gîtes au milieu de
leurs vignes sous l'appellation Domaine
Grand Guilhem (11360 Cascatel,
04 68 45 86 67, fax 04 68 45 29 58, www.grandguilhem.com, chambres 78
€, gîtes de 490 à 1 900 € la semaine selon taille - avec
une piscine - et saison).
Tous les chemins mènent alors, sur les routes qui
s'entremêlent, vers les châteaux forts cathares, mystiques
citadelles du vertige avant de devenir forteresses royales,
surnommées les cinq fils de Carcassonne, guettant l'envahisseur
espagnol : Villerouge-Termenès, qui blottit son village autour
d'un château (trop) restauré avec même une rigolote
Rôtisserie
médiévale avec plats du XIIIe et XIVe
siècles, serveuse (et costume) d'époque, comme la
vaisselle et les "gargoulettes" de vin épicé (04 68 70 06
06).
Puis, en zigzagant par de ravissantes petites routes (D40, D212, D613,
D611), on visite le château de Termes, serti dans la garrigue et
le calcaire, puis celui de Durfort, avant de s'éblouir de la
pureté des lignes du donjon d'Arques qui se profile au bout de
la route (D70) et des ruines follement photogéniques du
château d'Aguilar, face au village de Tuchan.
La stupeur et les frissons nous saisissent vraiment les remparts
accrochés aux nuages des châteaux de Queribus et de
Peyrepertuse, d'où les "parfaits et les parfaites",
hérétiques cathares, dialoguèrent directement avec
Dieu avant d'être exterminés dans les bûchers de
l'Inquisition quand leur dernier refuge tomba, en 1255, aux cris fameux
des croisés "Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens".
Enfin, fabuleusement située, l'Auberge
du Vigneron, au village
de Cucugnan célèbre pour le sermon de son curé
signé Daudet, est une base parfaite pour s'attaquer à
toute heure à ces monuments escarpés (2 rue Achille-Mir,
04 68 45 03 00, chambre double 40 €).
Du Fenouillèdes vers la
mer
Pour passer de l'Aude aux Pyrénées-Orientales, une
spectaculaire petite route serpente entre le château de
Peyrepertuse et le Pech (pic) de Bugarach (D14) avant de se
précipiter dans les gorges de Galamus (D10) où bouillonne
l'Agly.
Un des premiers ermitages de la région - ces lieux
escarpés et magiques anciennement occupés par de saints
hommes, aujourd'hui parfaits pour la contemplation... et les
pique-niques -, celui de Saint Antoine, nous y attend entre une grotte
et une source rafraîchissantes. On débouche sur une
vallée envahie par la vigne où les grottes nous parlent
de la Préhistoire, comme celle qui abrita l'homme de Tautavel
pour lequel on a ouvert un musée fascinant et même un
restaurant aux repas préhistoriques à base de bison et de
daim ! (04 68 29 07 96).
Beaucoup plus sophistiqué, installé sous un mûrier
tricentenaire par une grande et belle dame du vin et de l'art, Sabine
Dauré, le grill du
château de Jau, insolite demeure
toscane et rose à quelques minutes au sud (D59) propose ses
grillades et les vins exquis du domaine avant une visite de
l'exposition des étonnants photogrammes d'Éric
Rondepierre. Un endroit merveilleux où il fait bon s'attarder
(66 600 Cases de Pêne, 04 68 38 91 38, déjeuner uniquement
à 28€, dégustation de vins comprise). On repart dans la
nature, splendide, en grimpant vers l'ermitage de Força-Real
(D612 et D38) avant de zigzaguer par de superbes petites routes dans
une région sauvage en passant par Belesta, Montalba, Catllar
où l'impressionnant et parfait pic du Canigou (2784 m)
apparaît et disparaît au détour des chemins. C'est
en ces lieux que, depuis des siècles, les hommes ont
élevé de sublimes édifices à la gloire de
leur Dieu. Au milieu de la rigoureuse simplicité des pierres
romanes, la lumière se glisse comme un sacrement dans la
monumentale abbaye de Saint-Michel-de-Cuixa où se rassemblait
dès l'an 1000 toute l'Europe spirituelle et artistique. Autre
haut lieu de l'art roman, le prieuré de Marcevol, à
côté du village perché d'Arboussols et du
pittoresque et très touristique Eus (D35), vous guidera vers
l'initiatique "Chambre de cire" de l'artiste contemporain Wolfgang
Laib, encastrée dans les roches blanches.
On passe du côté des Asprès pour monter vers un
lieu non moins magique, le prieuré de Serrabona, par les
superbes gorges du Boulès (D618). Halte gourmande au Relais,
à ses pieds, où les agriculteurs de la région vous
proposent leurs produits (04 68 84 26 24) avec lesquels on repart
pique-niquer dans la verdure suspendue dans le ciel de l'ermitage de
Saint-Ferréol (D615) avant de visiter Céret, gros bourg
charmant chéri par les cubistes. À ne pas manquer
derrière les platanes du boulevard Joffre, le superbe
musée d'Art moderne,
tenu avec passion par Joséphine
Matamoros qui présente "Matisse, Derain, Collioure 1905"
jusqu'au 18 septembre (04 68 87 27 76).
Cette région est aussi un paradis des chineurs. Nous avons
apprécié l'éclectisme d'Alain Ribes (6 rue du
Commerce, Céret, 04 68 87 10 60) et la pittoresque et pleine de
bonnes surprises galerie San Jordy, installée dans un vieux
moulin à eau qui borde la N116 à Rodès (04 68 05
94 11).
Nous avons aimé dormir aux
Buis, à l'Ille-sur-Têt,
demeure de notable où les salons, la véranda et la
piscine sont précieusement décorés par une
propriétaire hôtesse de l'air et chineuse inspirée
(37 rue Carnot, 66130, 04 68 84 27 67, www.lesbuis.com, de 70 à
95 €).
Promenade matinale recommandée aux Orgues, un site
géologique extravagant très agréablement
aménagé (04 68 84 13 13).
Plus campagnarde, blottie dans les vergers et la verdure, La Casa del
Arte, une ancienne bergerie devenue maison d'hôte a
installé aussi une jolie piscine sous les arbres (Mas Petit,
66300 Thuir, tel/fax 04 68 53 44 78, chambres et suite de 75 à
100 €). Ils vous enverront de visiter pour l'apéritif les Caves
Byrrh (6 bd Violet, Thuir, 04 68 53 05 42) avant de vous restaurer au
très catalan et pétillant Can Marty (bd
Léon-Jean-Grégory, Thuir, 04 68 53 61 40). Passé
le trop mignon et très prisé des touristes village de
Castelnou autre séjour de charme "au bout du monde" sur le
Domaine de Quérubi, aux chambres coquettes, à la
table
d'hôtes gourmande et à la sublime
Et vous, qu'en pensez-vous ?