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Voyage en Italie, sur la côte amalfitaine
Au sud du golfe de Naples, sur la côte amalfitaine , entre Sorrente et Positano, il faut succomber aux charmes des villages accrochés au-dessus des criques, et séjourner de...
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La péninsule de Sorrente et son littoral méridional, la côte amalfitaine, sont depuis l'antiquité des rivages irrésistibles pour les voyageurs.
Seul Ulysse ne succomba pas à ses séductions, volontairement sourd aux chants des sirènes qu'Homère faisait onduler dans ces flots. On raconte même que trois des plus belles, Ligea, Leucosia et Parténope s'en suicidèrent de dépit. La légende raconte que leurs formes pétrifiées sont devenues aujourd'hui l'archipel de Li Galli, aux roches aussi tentantes que traîtres aux navigateurs, au large de Positano. Ces côtes trop enchanteresses sont hantées depuis par des esprits aussi charmeurs qu'inquiétants. L'empereur Auguste qui marqua l'âge d'or du classicisme romain bâtit une villa à Sorrente pour se reposer du fracas de ses interminables conquêtes. Son petit-fils et successeur Tibère se
retira juste en face à Capri, menant une vie de plaisir tout en continuant allégrement d'empoisonner ses ennemis à Rome. Seule la farine des moulins de la côte amalfitaine était assez pure pour ses orgies !
Hier comme aujourd'hui, vers le golf de Naples, la silhouette parfaitement volcanique du Vésuve gronde à quelques encablures, et Pompéi, à deux pas, dans la plaine, est sortie intacte et éblouissante de sa gangue de lave. Vers le Sud, ce sont les aiguilles cristallines de l'Apennin s'abîmant à pic dans la mer émeraude, les falaises de cendres solidifiées aux terrasses fleuries ou encore les citronniers en espaliers, caressés par les brumes marines qui font de ces rivages l'éternel rendez-vous des rêveurs et des poètes mais aussi des estivants. Hors saison, néanmoins, les sirènes semblent n'y chanter que pour nous.
Les palaces de Sorrente
Première escale à Sorrente. Agitée, bruyante, tapageuse même depuis qu'on y ouvrit en 1866, au milieu des demeures assoupies de la noblesse, un Corso Italia, large voie commerçante, pour attirer les adeptes du "Grand Tour" d'Italie, ce voyage initiatique que se devaient d'entreprendre les jeunes gens de bonnes familles surtout britanniques, entraînés par des artistes plutôt mondains. On y signale au XIXe siècle le passage de Lord Byron, de Sir Walter Scott ou d'Oscar Wilde qui bientôt, comme nous, se réfugièrent dans le calme de palaces qui étalent encore aujourd'hui leurs terrasses fleuries au sommet de hautes falaises de tuf, roche faite de cendres volcaniques solidifiées.
Le plus célèbre, le Grand Hôtel Excelsior Vittoria (Piazza Tasso, Sorrento. Tel : 081 807 10 44. Fax : 081 877 12 03. www.exvitt.it. Ch. dble à partir de 326 € (sur jardin) et 363 € (sur la mer) : propriété de l'exquise et raffinée famille Fiorentino depuis quatre générations, est composé de trois impressionnantes villas, La Vittoria, La Rivale et La Favorita construites entre 1834 et 1920, vénérables monuments historiques s'alignant aux bords de somptueux jardins. Thierry Bosquet, scénographe du théâtre de la Monnaie de Bruxelles, et Richard Kerr, virtuose du pochoir les ont restaurés, leur rendant pour le troisième millénaire leurs luxes surannés. Ici des angelots dodus volettent au-dessus des marmites d'argent sous un ciel bleu et or, d'interminables couloirs sont fleuris comme des charmilles et le piano de Caruso attend son maestro. Les décorateurs ont ressorti des réserves tout un mobilier désuet et oublié qui fait mieux ressortir les prouesses technologiques nouvellement dissimulées dans ces vieux murs.
Perché également sur sa falaise de cendres, un autre hôtel, le Parco dei Principi (Via Rota 1, Sorrento. Tel : 081 878 46 44. Fax : 081 878 37 86. Ch dble à partir de 200 € (sur jardin), 245 € (sur la mer). www.hotelparcoprincipi.com) : est un autre monument, moderniste lui, chef-d'œuvre de 1962, dû à l'architecte Gio Ponti. Une variation, poussée jusqu'au délire, de motifs floraux et géométriques, de carrelages, de galets, de boules et de formes de béton, déclinant exclusivement des harmonies bleues sur fond blanc. Même les téléphones furent spécialement azurés pour ce Parc des Princes, justifiant son nom par un exceptionnel jardin exotique et un petit palais ayant appartenu à une grande dame russe, la princesse Cortchaccoff.
Enfin autre restauration exemplaire, celle du Grand Hôtel Cocumella (Ouverture du 1er avril au 1er novembre. Via Cocumella 7, Sorrento. Tel : 081 878 29 33. Fax : 081 878 37 12. www.cocumella.com. Ch dble à partir de 300 €) : installé dans un ancien couvent de jésuites qui n'avaient, à l'évidence, pas fait vœu de pauvreté, perché au-dessus d'une crique où s'ancre le Véra, leur deux-mâts propice aux promenades en mer, vers Capri.
Même si l'on n'y réside point, on peut prendre un verre, une tasse de thé ou un repas (nous avons spécialement aimé l'ambiance très années 60 des restaurants du Parco dei Principi) dans ces lieux qui sont le véritable attrait de la ville.
S'arrachant à ce calme luxe, on arpente les boutiques de souvenirs du Corso Italia, en slalomant entre les vespas sous le campanile du Duomo avant de retrouver la sérénité d'un ravissant petit palais transformé par un architecte passionné en Museo della tarsia lignea et boutique (Via San Nicolo 28, Sorrento. Ouvert de 9 à 14 h. Ruoppo florista. Piazza Tasso) où sous d'extraordinaires plafonds peints, on peut admirer des meubles et objets en marqueterie, spécialité artisanale de la ville. Un brin de nostalgie nous attend dans les salons viscontiens du Museo Correale, une bouffée de fraîcheur parfumée dans le décor de majoliques du fleuriste Ruoppo et une explosion de joyeuses couleurs dans la boutique de céramiques Non Solo Cocci.
Les criques des sirènes autour de Positano
En quittant Sorrente, halte rafraîchissante aux Bains de la Reine Jeanne, entre ruines romaines et roches blanches au pied du cap de Sorrente, avant de rejoindre le littoral sud par de pittoresques petites routes qui serpentent de San Agata et son couvent du Deserto, jusqu'à Massa Lubrense, station balnéaire populaire et le joli petit village d'Annunziata. Redescendre via les extraordinaires reliefs du mont San Costanzo, sur Nerano et la Marina del Cantore et ses restaurants les pieds dans l'eau : Lo Scoglio (Marina del Cantone. Tel : 081 808 10 26. Menu 30 € env.), animé, populaire et plutôt bon sur un ponton où accoste la belle jeunesse napolitaine et sa flottille de luxe; à côté, la Locanda del Capitano (Marina del Cantone. Tel : 081 808 10 28. www.tavernadelcapitano.it. Ch dble 155 €. Menu 60 € env.), à la table plus réputée, propose aussi quelques chambres, une étape de charme loin de la foule pour un premier rendez-vous avec les sirènes.
On rejoint la route du littoral qui surplombe la mer, les criques des sirènes, et leurs légendaires repaires, l'archipel de Li Galli, avant de descendre dans l'amphithéâtre de Positano, sorte d'enclave dans le temps : dans le labyrinthe de ses ruelles interdites aux voitures qui débouchent sur le parvis de l'église au dôme de tuiles colorées, et sur sa plage, la Spiaggia Grande, parade une foule bigarrée dont les tenues vestimentaires achetées dans les échoppes locales semblent ne pas avoir changées depuis les années 60, comme les innombrables pensions de famille, ex maisons de pêcheurs, telle la Casa Albertina (Via Tavolozza 3, Positano. Tel : 089 87 51 43. Fax : 089 81 15 40. www.casabertina.it. Ch dble demi pension à partir de 170 €). Ici encore, ce sont deux établissements de luxe et de charme qu'il faut absolument visiter à défaut d'y loger. Le palazzo Murat (Via dei Mulini 23, Positano. Tel : 089 875 177. Fax : 089 811 419. www.palazzomurat.it. Ch dble à partir de 350 € (palais), 235 € (bâtiment jardin), ancienne villégiature du beau-frère de Napoléon, devenu roi de Naples, dont une aile est encore habitée par ses propriétaires, la famille Attanasio, et dont l'autre, prolongée par un bâtiment plus récent, abrite de ravissantes chambres au mobilier ancien et aux balcons ouverts sur la baie. Le merveilleux et vaste jardin est un îlot de calme où l'on peut dîner chic et écouter des concerts dans une atmosphère vraiment magique. Quant à l'hôtel de La Sirenuse (Via Colombo 30, Positano. Tel : 089 875 066. Fax : 089 811 798. www.sirenuse.it. Ch dble à partir de 319 €), autre palais du XVIIIe siècle, il a étendu son domaine de terrasses en balcons accrochant ses chambres dans un hémicycle aux tons rougeoyants autour d'une piscine et d'un restaurant où les plantes et les fleurs montent à l'assaut des colonnes et des voûtes. John Steinbeck qui fut un des premiers clients de cette ancienne demeure des marquis Sersale, transformée en hôtel dans les années 50, observa de sa chambre "la mer bleue, l'île des sirènes d'où ces dames chantaient si joliment... Un endroit de rêve qui semble irréel mais dont la réalité vous hante après l'avoir quitté...". On peut dîner en bord de mer au Tre Sorelle (Via del brigantina 27. Tel : 089 875 452) ou chez O Capurale (Via Regina Giovanna 12, Positano. Tel : 089 811 188. Très bon menu à 20 € env.) ou s'échapper vers la plage du Fornillo où une guinguette vous attend au bout d'un chemin sinueux que surplombent les chambres du populaire hôtel Pupetto (Via Fornillo 37, Positano. Tel : 089 875 087. Ch dble à partir de 75 €).
Escapades sur la corniche vers Amalfi
Le dimanche matin, sur le parvis de la petite église de Nocelle, balcon dallé flottant à sept cents mètres au-dessus de Positano, sautillent quelques communiantes roses d'excitation dans leurs robes blanches, escortées de mammas sanglées d'étoffes aussi noires que leurs boucles brillantinées. Les hommes attablés aux terrasses de la Trattoria Santa Croce (089 811 695, bon marché), combinent la rugosité des montagnards à la jovialité des chanteurs de barcarolles. Quelques touristes malins, résidents de la villa Sofia (Nocelle, 089 811 695. Ch. dble 40 €) contemplent, tout en bas, les baies et les plages où ils iront plus tard barboter. Il est si bon pour quelques instants d'échapper aux frous-frous des bronzés positaniens et aux fanfarons pressés de la corniche amalfitaine.
Quelques exercices recommandés sur une route côtière qui égrène pour l'automobiliste ses merveilles jusqu'à Amalfi... pourvu qu'il s'en échappe : en gravissant quelques milliers de marches pour escalader la calanque de Furore après le village de Praïano ; en ascenseur puis en radeau pour flotter entre stalactites et stalagmites dans la très touristique Grotta dello Smeraldo où, dans une crèche sous-marine en céramique, délicieusement kitsch, le petit Jésus naît en apnée ; ou encore en dévalant l'interminable escalier qui mène à la plage de Santa Croce.
Amalfi, la rivale de Venise
Amalfi, république maritime et souveraine dès l'an 889, dont les maisons, les palais et les moulins semblent cascader entre de hautes falaises couvertes de citronniers, fût un port fabuleusement riche et convoité. On y négociait des parfums, des soieries, des épices et des pierres précieuses que les marins ramenaient de ses comptoirs du Proche-Orient et de l'Afrique du Nord. La rivale de Gènes, de Pise et surtout de Venise fortifia sa côte contre les Sarrasins mais ne put rien contre les tempêtes qui précipitèrent dans les flots des lambeaux de son précieux territoire et les demeures de ses riches armateurs. Elle ne gagna pas plus aux compliqués jeux guerriers qui opposèrent sur ses côtes Lombards, Byzantins et Arabes. Les conquérants Normands mirent tout le monde d'accord et sous l'autorité de Naples. Pourtant Amalfi pendant six cent ans sera un des havres de la Méditerranée où cultures chrétiennes et musulmanes s'entrelaceront : dans la sublime cathédrale, le cloître du Paradis, cimetière des nobles, aux allures des jardins clos de Constantinople tandis qu'au long de la Vallée des Mulini, on peut encore visiter des fabriques de papier aux techniques empruntées à l'Arabie. Deux couvents du XIIIe siècle l'encadrent, capucins sur la montagne et franciscains sur la mer, métamorphosés aujourd'hui en Albergo dei Capuccini Convento et en Hôtel Luna Convento (Via Pantaleone Comita 33, Amalfi. Tel : 089 871 002. Fax : 089 871 333. www.lunahotel.it. Ch dble à partir de 200 €, toutes avec vue sur la mer) dont le cloître byzantin sied aux voyageurs aux habitudes peu monastiques. Ceux-ci folâtrent sur la grande plage populaire de sable noir, lèchent des glaces chez Da Gemma au pied de l'immense escalier du Duomo ou se réfugient sur la minuscule plage des sirènes sous le modeste et charmant hôtel La Conchiglia (Piazzale dei Protontini 9, Amalfi. Tel : 089 871 856. Fax : 089 871 856. Ch dble 105 €)
Ravallo ou les chemins du paradis
Perché comme un gigantesque balcon planant au-dessus de la vallée de la rivière du Dragon, le village de Ravello, interdit aux voitures, ouvre aux promeneurs ses ruelles débouchant sur l'infini. Boccace, au XIVe siècle, célébrait : " cette cité enchantée, où de riches hommes vivent, dont le plus riche s'appelle Rufolo ". Sa villa Rufolo (tel 089 857 657), construite grâce au soutien de Charlemagne, à ses commerces avec l'Orient et... à quelque peu de piraterie, comptait à son apogée autant de pièces que les jours de l'année. Au cours des siècles, son cloître maure aux entrelacs bicolores, son belvédère et son parc virent défiler les grands de ce monde. Wagner découvrant ces jardins au XIXe s'inspira de ceux-ci pour composer « Parsifal », et depuis quelques années, un festival musical enchante le village, par des concerts commençant dès l'aube face au golf de Salerne (info programme au 089 858 149, fax : 089 858 259 : www.ravelloarts.org). Comme Virginia Woolf, André Gide ou Tennessee Williams, il faut séjourner ici quelque temps pour s'imprégner des merveilles du Duomo, autre construction des riches Rufolo aux portes de bronze sculptées en 1179, aux mosaïques précieuses et aux colonnes torsadées soutenues par des lions sous un clocher aux allures byzantines. Églises et cloîtres luttent pour l'attention des promeneurs avec des palais et des villas dont beaucoup aujourd'hui sont transformés en hôtels paradisiaques. Le plus somptueux est le tout rose Palazzo Sasso (via Sa, Giovanni del Toro 28, Ravello, 089 818 181, fax : 089 858 900 ; www. palazzosasso.com. Ch. dble 375 € (basse saison), 500 € (haute saison) sur mer, 275 et 375 € sur montagne), siège de la famille du fondateur des chevaliers de Malte dont les sols de marbre neigeux et de céramique bariolée, le mobilier baroque au-delà du fastueux, les terrasses embaumées de citronniers et les restaurants étoilés ont fait le rendez-vous des célébrités. La plus émouvante, la villa Cimbrone (Via Santa Chiara 26, Ravello. Tel : 089 857 459. Fax : 089 857 777. www.villacimbrone.it. Ch dble à partir de 222 €), folie visionnaire d'un lord anglais qui s'y arrêta lors de son "Grand Tour" et y créa, mélangeant styles et époques, un des lieux les plus extraordinaires de l'Italie : cloître arabo-normand,galerie gothique cistercienne, fenêtres vénitiennes, plafonds pompéiens. On s'y promène dans un jardin éblouissant au milieu de petits temples ornés de statues antiques de bronze et de marbre, de grottes, de rocailles et de roseraies, de ses terrasses accueillantes.
Plus familiale, la Villa Maria et son frère l'hôtel Giordano (Via Santa Clara 2, Ravello. Tel : 089 857 255. Fax : 089 857 071. Ch dble à partir de 201 € à la Villa Maria et 155 € à l'hôtel Giordano), propriétés de l'érudit clan des Palumbo, sont plantés dans le cœur historique de la ville et proposent leurs atmosphères délicieusement reposantes, amicales et bourgeoisement confortables. Le restaurant de la villa Maria, face aux montagnes, est non moins agréable. Autre rendez-vous local, la trattoria pizzeria Cumpa Cosimo (Via Roma 44, Ravello. tel : 089 857 156. Prix moyens) tenue par une extraordinaire mamma à la langue bien pendue et aux bourrades chaleureuses.
On peut redescendre du paradis par de multiples sentiers, interrompus par de grands escaliers et s'échapper vers les cascades de la réserve de la Valle de Ferrere où les fougères préhistoriques vous engloutissent. Un autre chemin descend vertigineusement jusqu'à la côte où, vers Atrani, deux magiques résidences juste au-dessus de l'eau attendent les visiteurs : l'aristocratique villa Scarpariello (55163 Costiera Amalfitana. tel/fax : 089 872 373. Ch dble à partir de 135 €) sa tour piscine et la plus modeste, mais charmante villa San Michele (Castiglione di Ravello. Tel/fax 089 872 237. www.amalfi.it/smichele. Ch dble à partir de 124 €. Restaurant sur la mer, prix moyens) accroché à ses rochers, au-dessus d'une crique où il fait bon de prendre un dernier bain avec les sirènes.
Seul Ulysse ne succomba pas à ses séductions, volontairement sourd aux chants des sirènes qu'Homère faisait onduler dans ces flots. On raconte même que trois des plus belles, Ligea, Leucosia et Parténope s'en suicidèrent de dépit. La légende raconte que leurs formes pétrifiées sont devenues aujourd'hui l'archipel de Li Galli, aux roches aussi tentantes que traîtres aux navigateurs, au large de Positano. Ces côtes trop enchanteresses sont hantées depuis par des esprits aussi charmeurs qu'inquiétants. L'empereur Auguste qui marqua l'âge d'or du classicisme romain bâtit une villa à Sorrente pour se reposer du fracas de ses interminables conquêtes. Son petit-fils et successeur Tibère se
retira juste en face à Capri, menant une vie de plaisir tout en continuant allégrement d'empoisonner ses ennemis à Rome. Seule la farine des moulins de la côte amalfitaine était assez pure pour ses orgies !
Hier comme aujourd'hui, vers le golf de Naples, la silhouette parfaitement volcanique du Vésuve gronde à quelques encablures, et Pompéi, à deux pas, dans la plaine, est sortie intacte et éblouissante de sa gangue de lave. Vers le Sud, ce sont les aiguilles cristallines de l'Apennin s'abîmant à pic dans la mer émeraude, les falaises de cendres solidifiées aux terrasses fleuries ou encore les citronniers en espaliers, caressés par les brumes marines qui font de ces rivages l'éternel rendez-vous des rêveurs et des poètes mais aussi des estivants. Hors saison, néanmoins, les sirènes semblent n'y chanter que pour nous.
Les palaces de Sorrente
Première escale à Sorrente. Agitée, bruyante, tapageuse même depuis qu'on y ouvrit en 1866, au milieu des demeures assoupies de la noblesse, un Corso Italia, large voie commerçante, pour attirer les adeptes du "Grand Tour" d'Italie, ce voyage initiatique que se devaient d'entreprendre les jeunes gens de bonnes familles surtout britanniques, entraînés par des artistes plutôt mondains. On y signale au XIXe siècle le passage de Lord Byron, de Sir Walter Scott ou d'Oscar Wilde qui bientôt, comme nous, se réfugièrent dans le calme de palaces qui étalent encore aujourd'hui leurs terrasses fleuries au sommet de hautes falaises de tuf, roche faite de cendres volcaniques solidifiées.
Le plus célèbre, le Grand Hôtel Excelsior Vittoria (Piazza Tasso, Sorrento. Tel : 081 807 10 44. Fax : 081 877 12 03. www.exvitt.it. Ch. dble à partir de 326 € (sur jardin) et 363 € (sur la mer) : propriété de l'exquise et raffinée famille Fiorentino depuis quatre générations, est composé de trois impressionnantes villas, La Vittoria, La Rivale et La Favorita construites entre 1834 et 1920, vénérables monuments historiques s'alignant aux bords de somptueux jardins. Thierry Bosquet, scénographe du théâtre de la Monnaie de Bruxelles, et Richard Kerr, virtuose du pochoir les ont restaurés, leur rendant pour le troisième millénaire leurs luxes surannés. Ici des angelots dodus volettent au-dessus des marmites d'argent sous un ciel bleu et or, d'interminables couloirs sont fleuris comme des charmilles et le piano de Caruso attend son maestro. Les décorateurs ont ressorti des réserves tout un mobilier désuet et oublié qui fait mieux ressortir les prouesses technologiques nouvellement dissimulées dans ces vieux murs.
Perché également sur sa falaise de cendres, un autre hôtel, le Parco dei Principi (Via Rota 1, Sorrento. Tel : 081 878 46 44. Fax : 081 878 37 86. Ch dble à partir de 200 € (sur jardin), 245 € (sur la mer). www.hotelparcoprincipi.com) : est un autre monument, moderniste lui, chef-d'œuvre de 1962, dû à l'architecte Gio Ponti. Une variation, poussée jusqu'au délire, de motifs floraux et géométriques, de carrelages, de galets, de boules et de formes de béton, déclinant exclusivement des harmonies bleues sur fond blanc. Même les téléphones furent spécialement azurés pour ce Parc des Princes, justifiant son nom par un exceptionnel jardin exotique et un petit palais ayant appartenu à une grande dame russe, la princesse Cortchaccoff.
Enfin autre restauration exemplaire, celle du Grand Hôtel Cocumella (Ouverture du 1er avril au 1er novembre. Via Cocumella 7, Sorrento. Tel : 081 878 29 33. Fax : 081 878 37 12. www.cocumella.com. Ch dble à partir de 300 €) : installé dans un ancien couvent de jésuites qui n'avaient, à l'évidence, pas fait vœu de pauvreté, perché au-dessus d'une crique où s'ancre le Véra, leur deux-mâts propice aux promenades en mer, vers Capri.
Même si l'on n'y réside point, on peut prendre un verre, une tasse de thé ou un repas (nous avons spécialement aimé l'ambiance très années 60 des restaurants du Parco dei Principi) dans ces lieux qui sont le véritable attrait de la ville.
S'arrachant à ce calme luxe, on arpente les boutiques de souvenirs du Corso Italia, en slalomant entre les vespas sous le campanile du Duomo avant de retrouver la sérénité d'un ravissant petit palais transformé par un architecte passionné en Museo della tarsia lignea et boutique (Via San Nicolo 28, Sorrento. Ouvert de 9 à 14 h. Ruoppo florista. Piazza Tasso) où sous d'extraordinaires plafonds peints, on peut admirer des meubles et objets en marqueterie, spécialité artisanale de la ville. Un brin de nostalgie nous attend dans les salons viscontiens du Museo Correale, une bouffée de fraîcheur parfumée dans le décor de majoliques du fleuriste Ruoppo et une explosion de joyeuses couleurs dans la boutique de céramiques Non Solo Cocci.
Les criques des sirènes autour de Positano
En quittant Sorrente, halte rafraîchissante aux Bains de la Reine Jeanne, entre ruines romaines et roches blanches au pied du cap de Sorrente, avant de rejoindre le littoral sud par de pittoresques petites routes qui serpentent de San Agata et son couvent du Deserto, jusqu'à Massa Lubrense, station balnéaire populaire et le joli petit village d'Annunziata. Redescendre via les extraordinaires reliefs du mont San Costanzo, sur Nerano et la Marina del Cantore et ses restaurants les pieds dans l'eau : Lo Scoglio (Marina del Cantone. Tel : 081 808 10 26. Menu 30 € env.), animé, populaire et plutôt bon sur un ponton où accoste la belle jeunesse napolitaine et sa flottille de luxe; à côté, la Locanda del Capitano (Marina del Cantone. Tel : 081 808 10 28. www.tavernadelcapitano.it. Ch dble 155 €. Menu 60 € env.), à la table plus réputée, propose aussi quelques chambres, une étape de charme loin de la foule pour un premier rendez-vous avec les sirènes.
On rejoint la route du littoral qui surplombe la mer, les criques des sirènes, et leurs légendaires repaires, l'archipel de Li Galli, avant de descendre dans l'amphithéâtre de Positano, sorte d'enclave dans le temps : dans le labyrinthe de ses ruelles interdites aux voitures qui débouchent sur le parvis de l'église au dôme de tuiles colorées, et sur sa plage, la Spiaggia Grande, parade une foule bigarrée dont les tenues vestimentaires achetées dans les échoppes locales semblent ne pas avoir changées depuis les années 60, comme les innombrables pensions de famille, ex maisons de pêcheurs, telle la Casa Albertina (Via Tavolozza 3, Positano. Tel : 089 87 51 43. Fax : 089 81 15 40. www.casabertina.it. Ch dble demi pension à partir de 170 €). Ici encore, ce sont deux établissements de luxe et de charme qu'il faut absolument visiter à défaut d'y loger. Le palazzo Murat (Via dei Mulini 23, Positano. Tel : 089 875 177. Fax : 089 811 419. www.palazzomurat.it. Ch dble à partir de 350 € (palais), 235 € (bâtiment jardin), ancienne villégiature du beau-frère de Napoléon, devenu roi de Naples, dont une aile est encore habitée par ses propriétaires, la famille Attanasio, et dont l'autre, prolongée par un bâtiment plus récent, abrite de ravissantes chambres au mobilier ancien et aux balcons ouverts sur la baie. Le merveilleux et vaste jardin est un îlot de calme où l'on peut dîner chic et écouter des concerts dans une atmosphère vraiment magique. Quant à l'hôtel de La Sirenuse (Via Colombo 30, Positano. Tel : 089 875 066. Fax : 089 811 798. www.sirenuse.it. Ch dble à partir de 319 €), autre palais du XVIIIe siècle, il a étendu son domaine de terrasses en balcons accrochant ses chambres dans un hémicycle aux tons rougeoyants autour d'une piscine et d'un restaurant où les plantes et les fleurs montent à l'assaut des colonnes et des voûtes. John Steinbeck qui fut un des premiers clients de cette ancienne demeure des marquis Sersale, transformée en hôtel dans les années 50, observa de sa chambre "la mer bleue, l'île des sirènes d'où ces dames chantaient si joliment... Un endroit de rêve qui semble irréel mais dont la réalité vous hante après l'avoir quitté...". On peut dîner en bord de mer au Tre Sorelle (Via del brigantina 27. Tel : 089 875 452) ou chez O Capurale (Via Regina Giovanna 12, Positano. Tel : 089 811 188. Très bon menu à 20 € env.) ou s'échapper vers la plage du Fornillo où une guinguette vous attend au bout d'un chemin sinueux que surplombent les chambres du populaire hôtel Pupetto (Via Fornillo 37, Positano. Tel : 089 875 087. Ch dble à partir de 75 €).
Escapades sur la corniche vers Amalfi
Le dimanche matin, sur le parvis de la petite église de Nocelle, balcon dallé flottant à sept cents mètres au-dessus de Positano, sautillent quelques communiantes roses d'excitation dans leurs robes blanches, escortées de mammas sanglées d'étoffes aussi noires que leurs boucles brillantinées. Les hommes attablés aux terrasses de la Trattoria Santa Croce (089 811 695, bon marché), combinent la rugosité des montagnards à la jovialité des chanteurs de barcarolles. Quelques touristes malins, résidents de la villa Sofia (Nocelle, 089 811 695. Ch. dble 40 €) contemplent, tout en bas, les baies et les plages où ils iront plus tard barboter. Il est si bon pour quelques instants d'échapper aux frous-frous des bronzés positaniens et aux fanfarons pressés de la corniche amalfitaine.
Quelques exercices recommandés sur une route côtière qui égrène pour l'automobiliste ses merveilles jusqu'à Amalfi... pourvu qu'il s'en échappe : en gravissant quelques milliers de marches pour escalader la calanque de Furore après le village de Praïano ; en ascenseur puis en radeau pour flotter entre stalactites et stalagmites dans la très touristique Grotta dello Smeraldo où, dans une crèche sous-marine en céramique, délicieusement kitsch, le petit Jésus naît en apnée ; ou encore en dévalant l'interminable escalier qui mène à la plage de Santa Croce.
Amalfi, la rivale de Venise
Amalfi, république maritime et souveraine dès l'an 889, dont les maisons, les palais et les moulins semblent cascader entre de hautes falaises couvertes de citronniers, fût un port fabuleusement riche et convoité. On y négociait des parfums, des soieries, des épices et des pierres précieuses que les marins ramenaient de ses comptoirs du Proche-Orient et de l'Afrique du Nord. La rivale de Gènes, de Pise et surtout de Venise fortifia sa côte contre les Sarrasins mais ne put rien contre les tempêtes qui précipitèrent dans les flots des lambeaux de son précieux territoire et les demeures de ses riches armateurs. Elle ne gagna pas plus aux compliqués jeux guerriers qui opposèrent sur ses côtes Lombards, Byzantins et Arabes. Les conquérants Normands mirent tout le monde d'accord et sous l'autorité de Naples. Pourtant Amalfi pendant six cent ans sera un des havres de la Méditerranée où cultures chrétiennes et musulmanes s'entrelaceront : dans la sublime cathédrale, le cloître du Paradis, cimetière des nobles, aux allures des jardins clos de Constantinople tandis qu'au long de la Vallée des Mulini, on peut encore visiter des fabriques de papier aux techniques empruntées à l'Arabie. Deux couvents du XIIIe siècle l'encadrent, capucins sur la montagne et franciscains sur la mer, métamorphosés aujourd'hui en Albergo dei Capuccini Convento et en Hôtel Luna Convento (Via Pantaleone Comita 33, Amalfi. Tel : 089 871 002. Fax : 089 871 333. www.lunahotel.it. Ch dble à partir de 200 €, toutes avec vue sur la mer) dont le cloître byzantin sied aux voyageurs aux habitudes peu monastiques. Ceux-ci folâtrent sur la grande plage populaire de sable noir, lèchent des glaces chez Da Gemma au pied de l'immense escalier du Duomo ou se réfugient sur la minuscule plage des sirènes sous le modeste et charmant hôtel La Conchiglia (Piazzale dei Protontini 9, Amalfi. Tel : 089 871 856. Fax : 089 871 856. Ch dble 105 €)
Ravallo ou les chemins du paradis
Perché comme un gigantesque balcon planant au-dessus de la vallée de la rivière du Dragon, le village de Ravello, interdit aux voitures, ouvre aux promeneurs ses ruelles débouchant sur l'infini. Boccace, au XIVe siècle, célébrait : " cette cité enchantée, où de riches hommes vivent, dont le plus riche s'appelle Rufolo ". Sa villa Rufolo (tel 089 857 657), construite grâce au soutien de Charlemagne, à ses commerces avec l'Orient et... à quelque peu de piraterie, comptait à son apogée autant de pièces que les jours de l'année. Au cours des siècles, son cloître maure aux entrelacs bicolores, son belvédère et son parc virent défiler les grands de ce monde. Wagner découvrant ces jardins au XIXe s'inspira de ceux-ci pour composer « Parsifal », et depuis quelques années, un festival musical enchante le village, par des concerts commençant dès l'aube face au golf de Salerne (info programme au 089 858 149, fax : 089 858 259 : www.ravelloarts.org). Comme Virginia Woolf, André Gide ou Tennessee Williams, il faut séjourner ici quelque temps pour s'imprégner des merveilles du Duomo, autre construction des riches Rufolo aux portes de bronze sculptées en 1179, aux mosaïques précieuses et aux colonnes torsadées soutenues par des lions sous un clocher aux allures byzantines. Églises et cloîtres luttent pour l'attention des promeneurs avec des palais et des villas dont beaucoup aujourd'hui sont transformés en hôtels paradisiaques. Le plus somptueux est le tout rose Palazzo Sasso (via Sa, Giovanni del Toro 28, Ravello, 089 818 181, fax : 089 858 900 ; www. palazzosasso.com. Ch. dble 375 € (basse saison), 500 € (haute saison) sur mer, 275 et 375 € sur montagne), siège de la famille du fondateur des chevaliers de Malte dont les sols de marbre neigeux et de céramique bariolée, le mobilier baroque au-delà du fastueux, les terrasses embaumées de citronniers et les restaurants étoilés ont fait le rendez-vous des célébrités. La plus émouvante, la villa Cimbrone (Via Santa Chiara 26, Ravello. Tel : 089 857 459. Fax : 089 857 777. www.villacimbrone.it. Ch dble à partir de 222 €), folie visionnaire d'un lord anglais qui s'y arrêta lors de son "Grand Tour" et y créa, mélangeant styles et époques, un des lieux les plus extraordinaires de l'Italie : cloître arabo-normand,galerie gothique cistercienne, fenêtres vénitiennes, plafonds pompéiens. On s'y promène dans un jardin éblouissant au milieu de petits temples ornés de statues antiques de bronze et de marbre, de grottes, de rocailles et de roseraies, de ses terrasses accueillantes.
Plus familiale, la Villa Maria et son frère l'hôtel Giordano (Via Santa Clara 2, Ravello. Tel : 089 857 255. Fax : 089 857 071. Ch dble à partir de 201 € à la Villa Maria et 155 € à l'hôtel Giordano), propriétés de l'érudit clan des Palumbo, sont plantés dans le cœur historique de la ville et proposent leurs atmosphères délicieusement reposantes, amicales et bourgeoisement confortables. Le restaurant de la villa Maria, face aux montagnes, est non moins agréable. Autre rendez-vous local, la trattoria pizzeria Cumpa Cosimo (Via Roma 44, Ravello. tel : 089 857 156. Prix moyens) tenue par une extraordinaire mamma à la langue bien pendue et aux bourrades chaleureuses.
On peut redescendre du paradis par de multiples sentiers, interrompus par de grands escaliers et s'échapper vers les cascades de la réserve de la Valle de Ferrere où les fougères préhistoriques vous engloutissent. Un autre chemin descend vertigineusement jusqu'à la côte où, vers Atrani, deux magiques résidences juste au-dessus de l'eau attendent les visiteurs : l'aristocratique villa Scarpariello (55163 Costiera Amalfitana. tel/fax : 089 872 373. Ch dble à partir de 135 €) sa tour piscine et la plus modeste, mais charmante villa San Michele (Castiglione di Ravello. Tel/fax 089 872 237. www.amalfi.it/smichele. Ch dble à partir de 124 €. Restaurant sur la mer, prix moyens) accroché à ses rochers, au-dessus d'une crique où il fait bon de prendre un dernier bain avec les sirènes.



